Des milliers de professionnels de santé
ont à nouveau manifesté ce mardi contre les conclusions du Ségur de la santé.
Maubeuge, Lisieux, Toulon, Lille, Allonnes, La Roche-sur-Yon et, bien entendu,
Paris, Saint-Denis ou Créteil… Venus d’un peu partout, les plusieurs milliers
de manifestants en blouse blanche ou bleue qui ont défilé à Paris ce mardi
avaient des airs de France en miniature, version système de santé en
souffrance. Ils offraient là un singulier contrepoint aux soignants
sélectionnés pour participer quelques heures plus tôt à l’hommage officiel aux
« premiers de corvée » ponctuant la cérémonie du 14 Juillet. Loin de cette
version de concorde nationale offerte par la communication de l’Élysée, les
professionnels de santé à nouveau dans la rue entre République et Bastille ont
signifié au gouvernement que les 180 euros de revalorisation salariale
lâchés au bout du Ségur de la santé en fin de semaine dernière étaient loin de
combler les lézardes du système de prise en charge apparues au plus fort de la
crise sanitaire.
Un accord insuffisant
« Je ne dirais rien sur les collègues qui se sont prêtés au soi-disant
hommage de Macron. Juste qu’ils se sont fait doublement avoir : après tant d’efforts
durant la crise sanitaire, ils n’ont récolté que des applaudissements du
président et des clopinettes du gouvernement », assène une
aide-soignante venue de la Sarthe. À ses côtés, Frédéric David, infirmier et
secrétaire CGT de l’établissement public de santé mentale d’Allonnes, abonde
sur les faiblesses de l’accord signé par trois syndicats de la fonction
publique hospitalière (FO, Unsa et CFDT) et par trois syndicats de médecins
(INPH, CMH et Snam-HP) : « On nous annonce un rattrapage salarial, mais
loin des 300 euros demandés. Et les collègues du médico-social ne
toucheront rien. En revanche, i l n’y a rien de plus sur les
recrutements ni sur les ouvertures de lits. Et tout cela reste soumis à des
décrets qui peuvent aller dans tous les sens, y compris en allongeant notre
temps de travail et en donnant plus de pouvoirs aux directions gestionnaire s. »
« On s’est moqué de nous de bout en bout »
Une seconde phase s’ouvre, celle des
discussions autour de ces accords dans tous les établissements de santé. Là
aussi les manifestants comptent agir. « Les syndicats qui ont signé
sont majoritaires. Mais leurs représentants n’ont pas forcément consulté avant
de le faire, souligne Élisabeth, manipulatrice en radiologie au CHU de
Lille. L’ensemble des personnels, notamment les non-syndiqués, auront
sûrement envie de réagir. » D’autant qu’à la mobilisation autour du
système de santé durant la crise du coronavirus, a succédé un retour aux
anciennes pratiques que décrit Valérie, infirmière au CHD de La Roche-sur-Yon.
Elle va revenir dans les jours prochains dans son ancien service fermé mi-mars
pour abonder celui créé pour le Covid. « On s’est moqué de nous de bout
en bout. Quand j’ai entendu le “coûte que coûte” de Macron, j’ai cru que les
choses allaient bouger. Mais la politique des rapprochements d’hôpitaux a
repris et le nombre de lits n’a toujours pas augmenté. Passe encore que les
183 euros d’augmentation ne compensent même pas la perte de mon pouvoir
d’achat en vingt-cinq ans de carrière. Mais l’hôpital demeure le
laissé-pour-compte de la République. Or, à la fin, ce sont les patients qui
sont les vrais perdants. »
Stéphane Guérard

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