Au fondement de l’impôt progressif, il y a l’idée de répartir la charge
publique équitablement selon les capacités de chacun. Cela permet en retour de
financer la mise à la disposition de tous des biens et des services qui
auraient été autrement réservés à ceux-là seuls disposant individuellement des
moyens de se les offrir, ou qui auraient demandé un lourd sacrifice à d’autres.
Cette façon de mutualiser les richesses, qui découple l’usage de certains biens
de la prise en charge de leur coût, porte un nom : la solidarité. C’est l’une
des fonctions de l’impôt, et l’un des devoirs de la collectivité. La
nation « garantit à tous (…) la protection de la santé », affirme
le préambule de la Constitution de 1946, auquel se réfère toujours la loi
fondamentale actuelle. Le président de la République l’aurait-il oublié ? Au
nom de quoi, dans les circonstances de la pandémie de Covid-19, l’État
n’aurait-il « pas vocation » à distribuer gratuitement les
masques indispensables pour se protéger soi, mais surtout les autres ?
Déjà pertinente quand le port du masque était seulement recommandé, la
question l’est d’autant plus depuis qu’il n’est plus un choix mais une
obligation dans les lieux publics clos sous peine d’amende. C’est bien sûr une
exigence de justice. À l’heure où se creusent les inégalités face à l’emploi,
l’école ou le logement, mais aussi face à la maladie et la mort comme le montre
la carte, socialement marquée, de la surmortalité pendant la crise sanitaire,
aucun foyer ne devrait avoir à supporter le coût d’un équipement vital qui
grève plus lourdement les budgets des plus modestes – 200 euros par mois
pour une famille de quatre personnes, soit 16,4 % d’un Smic net.
Mais c’est aussi une question
d’efficacité : rendre gratuit l’accès aux masques, c’est s’assurer que leur
coût ne sera pas un frein au respect des consignes. C’est donc in fine une
mesure de bonne gestion budgétaire. Prévenir vaut mieux que guérir – surtout
qu’en l’espèce on ne connaît pas le remède –, et fournir les masques
gratuitement sera toujours plus rentable pour la collectivité que de devoir
payer les dégâts économiques et sociaux considérables d’un regain de
l’épidémie.
Par Sébastien Crépel

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