Au fil des jours de la semaine, la nomination des secrétaires d’État
appelés à compléter le gouvernement de Jean Castex, est devenue un serpent de
mer. Combien, pour quoi faire, qui ? La tâche s’annonçait-elle si difficile
qu’il faille la reporter de jour en jour ? Jeudi soir encore, elle nous était
promise, puis finalement annulée pendant qu’Emmanuel Macron recevait les
ministres en place à dîner à l’Élysée. Objectif officiel, se dire au revoir
avant quelques vacances, chacun étant bien sûr invité à rester au plus près.
Objectif officieux, effectuer les réglages et serrer les boulons de la machine
à faire réélire le président dans les six cents jours qui lui restent.
Car, voilà le problème, qui explique aussi bien le changement de premier
ministre que ce retard devenu cocasse dans le choix des bons seconds couteaux.
En d’autres termes, la question n’est pas tant de savoir quelles sont les
qualités des uns ou des autres pour la tâche à laquelle ils seront appelés,
mais quels seront les plus aptes à faire illusion en favorisant la réinvention
du président tel qu’en lui-même il entend se changer.
Un bon secrétaire d’État, aurait pu dire le
bel esprit des Lumières qu’était le baron d’Holbach, « est comme une
cire molle, prête à recevoir toutes les impressions qu’on voudra lui donner ». Un
bon secrétaire d’État « ne doit ne doit jamais avoir d’avis, il ne doit
avoir que celui de son maître ou du ministre, et sa sagacité doit toujours le
lui faire pressentir »… C’était, à l’époque, dans un petit pamphlet
dont on ne reprendra tout de même pas le titre, qui serait un peu trop
brutal : De l’art de ramper à l’usage des courtisans. Il n’empêche,
dit-on, que ça grenouillait pas mal dans les rangs de la majorité, où nombre de
députés s’empressaient de faire passer leur CV aux ministres désirés. On ne
suivra donc pas le baron d’Holbach en tout, mais il nous est permis de penser
qu’il s’agit là d’un bien curieux usage de la République. Il ne s’agit plus de
la servir mais de l’art de servir le président. On conviendra sans peine que ce
n’est pas exactement la même chose.
Par Maurice Ulrich

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire