vendredi 24 juillet 2020

« DE L’ART DE SERVIR », L’ÉDITORIAL DE MAURICE ULRICH DANS L’HUMANITÉ DE CE JOUR




Au fil des jours de la semaine, la nomination des secrétaires d’État appelés à compléter le gouvernement de Jean Castex, est devenue un serpent de mer. Combien, pour quoi faire, qui ? La tâche s’annonçait-elle si difficile qu’il faille la reporter de jour en jour ? Jeudi soir encore, elle nous était promise, puis finalement annulée pendant qu’Emmanuel Macron recevait les ministres en place à dîner à l’Élysée. Objectif officiel, se dire au revoir avant quelques vacances, chacun étant bien sûr invité à rester au plus près. Objectif officieux, effectuer les réglages et serrer les boulons de la machine à faire réélire le président dans les six cents jours qui lui restent.

Car, voilà le problème, qui explique aussi bien le changement de premier ministre que ce retard devenu cocasse dans le choix des bons seconds couteaux. En d’autres termes, la question n’est pas tant de savoir quelles sont les qualités des uns ou des autres pour la tâche à laquelle ils seront appelés, mais quels seront les plus aptes à faire illusion en favorisant la réinvention du président tel qu’en lui-même il entend se changer.

Un bon secrétaire d’État, aurait pu dire le bel esprit des Lumières qu’était le baron d’Holbach, « est comme une cire molle, prête à recevoir toutes les impressions qu’on voudra lui donner ». Un bon secrétaire d’État « ne doit ne doit jamais avoir d’avis, il ne doit avoir que celui de son maître ou du ministre, et sa sagacité doit toujours le lui faire pressentir »… C’était, à l’époque, dans un petit pamphlet dont on ne reprendra tout de même pas le titre, qui serait un peu trop brutal : De l’art de ramper à l’usage des courtisans. Il n’empêche, dit-on, que ça grenouillait pas mal dans les rangs de la majorité, où nombre de députés s’empressaient de faire passer leur CV aux ministres désirés. On ne suivra donc pas le baron d’Holbach en tout, mais il nous est permis de penser qu’il s’agit là d’un bien curieux usage de la République. Il ne s’agit plus de la servir mais de l’art de servir le président. On conviendra sans peine que ce n’est pas exactement la même chose.

Par Maurice Ulrich


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