La réquisition est évidemment une remise en cause du
droit de grève. C’est aussi une vision du monde, une politique de force et de
contrainte. Celle du pouvoir, celle des possédants. Les salariés sont tenus
d’être au travail. En grève, ils sont une menace pour l’ordre public. C’est
bien ce que dit l’article du Code des collectivités territoriales qui autorise
les préfets à y recourir quand « l’atteinte constatée ou prévisible au bon ordre, à la salubrité, à la tranquillité et à la sécurité publiques l’exige ».
Le monde marche sur la tête quand le bon droit est du
côté du PDG d’une entreprise multinationale qui s’est octroyé une augmentation
de 52 % pour arriver à une rémunération de 6 millions d’euros, et du côté
de ses actionnaires servis en priorité. La vision du monde, c’est aussi que les
superprofits ne sont pas pour les salariés. On aimerait une révolution
copernicienne. Qu’on réquisitionne Patrick Pouyanné pour lui signifier que ce ne
serait que justice si le groupe ouvrait une véritable discussion salariale,
sans faux-fuyants, manipulations et volonté de diviser syndicats et salariés.
Elle n’aura pas lieu, mais la journée d’aujourd’hui en
remettant les salaires au centre des mobilisations sociales est de nature à
changer la donne. Le gouvernement feint de croire à des fantomatiques
négociations dans les entreprises. La réalité est tout autre. Alors que les
plus modestes font jour après jour le constat douloureux de leur perte de pouvoir
d’achat, les salaires restent bloqués. La liste des entreprises ou des
mouvements de grève qui s’amorcent s’allonge, au-delà des raffineries. Ce n’est
pas une nouveauté ou une exception française. Au Portugal, en Espagne, en
Belgique, en Angleterre, des mobilisations sont en cours, remettant en question
la fiction d’un partage des profits. La marche de dimanche à Paris a témoigné
de ce que le peuple de gauche entend être présent sur le front social,
politique et environnemental. Ce 18 octobre n’est pas un prolongement,
mais peut être une entrée en force sur le terrain de la justice sociale et de
la réponse aux revendications du monde du travail.

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