Drôle d’expression que celle qui fleurit depuis
48 heures dans la bouche des libéraux. « Grève préventive », le mot
que tous reprennent pour disqualifier l’action de la CGT dans les raffineries,
est en fait signé Laurent Berger. Ministre, parlementaire ou éditorialiste,
chacun saisit l’aubaine de la charge du dirigeant de la CFDT pour y joindre son
couplet contre la grève qui paralyse les stations Total et Esso. Une façon de
dire que les salariés auraient délibérément choisi le blocage sans que la
situation l’exige. Les plus conservateurs ne disent pas encore « grève de confort », mais ils y pensent très fort. De là à imaginer de nouvelles restrictions au droit de grève, il n’y a qu’un pas.
Mais cette grève n’est « préventive » que pour
ceux qui font semblant de ne pas en comprendre les ressorts. La négociation
annuelle obligatoire sur les salaires chez Total était-elle sur le point de
démarrer ? Oui, mais
celle-ci doit porter sur les rémunérations de l’an prochain. Autant dire qu’au mieux,
les salariés ne toucheront le premier euro d’une augmentation, si
elle a lieu, que fin janvier… et nous ne sommes même pas à la mi-octobre.
Pendant ce temps, l’inflation n’attend pas et continue de ronger les fins de
mois. Elle devrait culminer à 6 % cette année, loin des prévisions de l’an
dernier à la même époque. Grève « préventive » ? Mais cela fait des mois que la CGT demande une négociation sur la revalorisation des salaires pour 2022
en raison de l’inflation, sans autre réponse de la direction que : « On verra l’an prochain. » À ce niveau de mépris, on devrait parler de
grève défensive.
Plutôt que de fustiger l’action légitime des salariés,
mieux vaut se pencher sur les comptes de Total au premier semestre. On sait que
les bénéfices du groupe explosent, mais qu’en est-il de la branche raffinage,
touchée par les grèves ? Son résultat net a été multiplié par cinq en un an, à 3,88 milliards d’euros, contre 754 millions en
2021. De janvier à juin, trois
milliards d’euros supplémentaires sont ainsi entrés dans les
caisses au titre de l’activité raffinage. Et les salariés devraient patienter
encore… « Grève préventive », vraiment ?

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