vendredi 16 septembre 2022

La lettre de Patrick Le Hyaric

 

 




Je reviens plus après, sur la très belle réussite de la Fête de l’Humanité. Après beaucoup de travail, d’angoisse et de stress ; de tâtonnements aussi le résultat est très positif. Il a fallu l’abnégation, la ténacité des équipes de l’Humanité, Fabien Gay, le directeur de l’Humanité en tête qui a ouvert magistralement sous une longue ovation cette 87e Fête, avec les équipes de la Fête animées par Thibault Weiss, le directeur des événements et président de Comédiance Silvère Magnon, de Franck Cheron cheville ouvrière du Forum Social avec les organisations de la CGT, le collectif de journalistes animés par Maud Vergnol et Sébastien Crépel, ou encore Vadim Kamenka et Gaël de Santis pour le Village du Monde, Pierre Chaillan pour le Village du Livre, et tant d’autres dont les « oeuvriers » de l’espace des Amis de l’Humanité avec Ernest Pignon Ernest, Charles sylvestre, Jean Emmanuel Ducoin.

Celles et ceux qui ont animé des débats, toutes celles et ceux qui ont pris sur leur temps, donné de leur énergie, militants communistes et amis pour agencer la multitude de stands, et les animer plusieurs jours durant, aux côtés des autres forces de gauche dans leur diversité, de nombreuses associations et plus de 300 partenaires. Les imperfections détectées ne sont rien comparé à l’immensité de l’œuvre réalisée et réussie dans des conditions difficiles et parfois quelques saugrenus dénigrements.

Cette œuvre commune, je le souligne, sous la bienveillante autorité de Fabien Gay, mêlant les forces communistes avec ce que notre pays compte d’associations, de penseurs, d’élus de toutes opinions à l’exception de l’extrême droite, reconnue largement parce qu’elle porte ce beau nom d’humanité doit être sans cesse choyée, revisitée, améliorée, enrichie dans le creuset de ce que notre France compte de valeurs et de conquis progressistes, de créations intellectuelles et culturelles croisant travailleuses et travailleurs comme tous les « sans » que le système capitaliste broie, veut diviser, et soumettre.

Que la fête vive, se déploie encore et reste pleine d’humanité, portée par un groupe de presse fidèle à Jean Jaurès et à Marcel Cachin, portant le plus beau nom que l’on puisse donner à un journal. Il nous oblige en toutes occasions à nous surpasser.

Pendant que cette fête du travail et de la création, fête de la fraternité et de l’émancipation se déroulait, les citoyens du monde entier recevaient en mondovision une injonction à nous émouvoir après le décès de la reine d’Angleterre. Nous respectons le deuil de sa famille et du peuple du Royaume-Uni. Nous respectons ses choix et sommes aux côtés de celles et ceux qui luttent depuis des semaines pour des salaires décents et contre la vie chère. Il s’agit ici d’autre chose. Le clan mondial des dominants, bourgeois et aristocrates, s’est uni autour de la dépouille de la reine en travaillant à y associer, avec leur système médiatique, tous les peuples du monde dans une union sacrée, sans recul critique, effaçant toute réflexion possible, niant des parts importantes de l’histoire.

Les classes dominantes et leur complexe médiatico-politique tentent d’aliéner les populations jusqu’à faire aimer voire idolâtrer ceux qui dominent les travailleurs comme les privés d’emploi, les retraités et la jeunesse. On y fait oublier la colonisation, les guerres, dont celle des Malouines, les traités européens que les rois et les reines signent de leurs deux mains, les subventions de la politique agricole commune servant aux immenses domaines de la royauté quand le petit paysan européen se tue au travail et déprime.

Ces journées, dans ce contexte si particulier devront être analysées, comme un moment politique d’importance au cours duquel les forces dominantes ont tenté de faire oublier les conflits de classe. Ils se matérialisent ici même avec les projets régressifs et autoritaires macronistes d’affaiblir l’indispensable allocation chômage et procéder, par un coup de force dans deux mois, au recul encore de l’âge ouvrant droit à la retraite tout en diminuant les pensions. Ces opérations sont maquillées au nom de l’équilibre des finances des caisses d’allocations chômage et des caisses de retraite. Elles auraient vocation, à la demande du président de la République, « de remettre la France au travail ». En vérité, la France est bien au travail. À un travail dur, dont le sens et l’utilité se perdent de plus en plus sous l’effet de la surexploitation pour la recherche du profit maximum. Avec des conditions de travail de plus en plus difficiles. Ceux qui ne peuvent travailler, parce qu’ils en sont privés en souffrent tout autant, soit parce qu’ils ont été licenciés, soit qu’ils ont été victimes d’un accident de la vie. C’est en ce sens que parmi les conquis d’essence communiste les plus importants, il y a l’invention sans le nommer ainsi, d’un salaire continué avec des prestations compensatrices de handicap ou de revenu (allocation chômage, allocations logement, allocation aux adultes handicapés, allocations familiales, allocation de rentrée scolaire). Est venu ensuite le RSA qui n’est pas tout à fait de même nature. C’est cela que les forces du capital et leurs mandataires politiques qui occupent les palais de la République veulent détruire. La bourgeoisie veut supprimer tous ces acquis sociaux - allocation chômage, financement des retraites-, et obliger à travailler en contrepartie du RSA.

C’est au nom d’un prétendu « assistanat » culpabilisateur et stigmatisant que s’exerce une forte pression afin que soient acceptées des rémunérations du travail à la baisse. Les actions pour de meilleurs salaires vont donc de pair avec l’amélioration des conquis et droits sociaux, de la protection sociale et des retraites. En même temps, le pouvoir veut justifier la trajectoire budgétaire qu’il a expédiée à la Commission européenne dans le cadre du respect du pacte dit de stabilité -2002-2027- afin de rassurer les marchés financiers et les puissances d’argent de plus en plus exonérées de participer au financement des biens communs humains. Les enjeux sont éminemment politiques. Les « vrais assistés » sont bien de ce côté : ceux qui absorbent des milliards d’argent public dont une grande partie sert à rémunérer les actionnaires sous forme de dividendes.

Notre rôle est d’être fidèles à notre histoire et de nous tenir prêts aux côtés des travailleurs comme des privés d’emplois, des retraités comme des jeunes très concernés par les coups de canif portés au système de retraite. Le monde du travail le fera dans les entreprises et dans les manifestations syndicales unitaires de cette fin de mois. Les familles, les jeunes et les autres couches de la société pourraient être appelés à une marche sur Paris contre la vie chère. Les composantes de la Nupes y travaillent pour la mi-octobre. S’aligner sur la contre-offensive politique et idéologique des droites et de l’extrême droite ne conduirait qu’à leur ouvrir les vannes encore plus grandes. Or, leur progression en Suède, comme en Italie et le poids qu’elles prennent dans notre pays sont extrêmement inquiétants. Rien ne dit que ces offensives contre les travailleurs qui valident leurs thèses, les guerres si proches, le ton belliciste qu’a employé Mme Van der Leyne à l'occasion de son discours sur l’état de l’Union mercredi dernier devant le Parlement européen, puis jeudi a Kiev, le deux poids deux mesures de l’Union européenne soutenant tacitement l’Azerbaïdjan contre l’Arménie, les dictatures des monarchies pétrolières, la rivalité entre les États-Unis et la Chine rendent malheureusement crédibles les menaces d’un conflit armé généralisé. Les peuples, peu à peu, en prennent conscience et s’en inquiètent.

L’angoisse qui en résulte combinée à l’inflation, au rejet des forces politiques traditionnelles et aux fractures démocratiques, peut favoriser l’accession au pouvoir, dans plusieurs pays, de mouvements proto-fascistes. C’est dire quel risque nous prendrions si nous ne menions pas autrement la bataille politique et idéologique pour lui permettre d’atteindre une efficacité suffisante pour l’emporter. L’ambition consiste à devenir les fers de lance d’une unité populaire pour la transformation progressiste de nos sociétés et du monde. Cela appelle travail, réflexions collectives, ouverture sur la société et créativité.

 

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