mercredi 3 août 2022

« Bouillantes inégalités », l’éditorial de Gaël De Santis dans l’Humanité.



Été comme hiver, les sans-logis perdent la vie, vient nous rappeler le collectif les Morts de la rue. Les humains ne sont pas égaux face aux excès de température. Des milliers de personnes sont décédées de la canicule de 2003. À l’époque, des records de surmortalité avaient été enregistrés dans les départements ­populaires de Seine-Saint-Denis et du Val-de-Marne. Habiter au dernier étage, montrent des recherches états-uniennes et françaises, multiplie par trois le risque de mourir.

Quand on ne meurt pas du cagnard, on le supporte de manière inégale. Plus quelqu’un est aisé, plus il a la possibilité de trouver de la fraîcheur en dehors des villes, ou d’allumer une coûteuse climatisation qui déverse la chaleur dans la rue, alimentant le cercle vicieux de l’emballement climatique. Les villes populaires comptent souvent moins d’espaces verts, ces îlots de fraîcheur. Que l’on travaille en intérieur ou en extérieur, et les conséquences ne seront pas les mêmes. Une étude signale qu’en Californie la forte température est à l’origine de 24000 accidents de travail par an. Celle-ci réduit lattention des travailleurs, soumis à la logique du profit.

Tous les pays ne sont pas égaux. Certains disposent dans leur législation d’une limite de température au travail. D’autres, trop pauvres, ne savent se le permettre. Au sud, où l’agriculture est encore l’une des principales sources de richesse, le changement climatique pousse des populations entières sur les chemins de l’exil. Tandis qu’au nord, une poignée de milliardaires brûle du kérosène dans des jets privés.

Plus que les précédents, cet été nous montre que l’heure est à l’action politique pour sortir d’une économie carbonée dangereuse pour notre atmosphère. Cela appelle des investissements énormes dans la recherche, l’évolution de l’appareil de production, l’aménagement de nos villes. Les libéraux de tous pays, au premier rang desquels nos macroniens nationaux, annoncent un retour à la lutte contre les déficits pour satisfaire leur clientèle électorale. Ils jouent avec le feu.

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire