dimanche 26 juin 2022

Histoire. « J’ai découvert avec plaisir qu’être juif, ce n’était pas simplement mourir » (Cathy Dos Santos)

 


Dans l’immédiat après-guerre, la Commission centrale de l’enfance, créée par l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide, va permettre à des milliers d’enfants, brisés par la guerre, de se reconstruire dans des patronages et des colonies de vacances.

LAÏQUE ET PROGRESSISTE, 1945-2020, DE SERGE BIANCHI, ZOÉ GRUMBERG, JOSEPH KASTERSZTEIN, ÉDITIONS LE CHERCHE-MIDi.

Au lendemain de la Shoah, des femmes et des hommes juifs, animés par leur idéal communiste, leurs origines et leur culture, ont entrepris de rendre aux enfants leurs rires après des années de larmes et de profonds traumatismes. Ces femmes et ces hommes, réunis au sein de l’Union des juifs pour la résistance et l’entraide (Ujre), fondée en 1943 par des membres de la section juive de la Main-d’œuvre immigrée (MOI), ont activement participé à la recherche des enfants juifs cachés dans des familles durant les heures noires de la Seconde Guerre mondiale, et dont les parents, pour la plupart, ont été exterminés dans les camps.

Mais cela restait insuffisant aux yeux de ces résistants de la première heure. Dès avril 1945, ils décident de fonder la Commission centrale de l’enfance (CCE), avec pour ambition de créer des foyers, des patronages et des colonies. Des milliers d’enfants vont ainsi bénéficier de séjours nourris par la transmission de l’histoire et des mémoires, l’éducation populaire, les valeurs laïques et humanistes. La pensée des grands pédagogues progressistes va irriguer ces vacances d’un genre nouveau; les enfants y apprennent lautogestion, la citoyenneté et la solidarité. La culture et les sports collectifs y occupent une place de choix. Dans ces lieux, filles et garçons découvrent la mixité: une véritable audace pour l’époque.

Dans un magnifique et très sérieux ouvrage fourmillant d’archives et de témoignages, Serge Bianchi, Joseph Kastersztein et Zoé Grumberg retracent l’incroyable épopée de la CCE, les ambitions politiques et l’esprit novateur de l’Ujre. Leur livre, touchant et intelligent, démontre combien l’action de cette organisation va profondément bouleverser plusieurs générations d’enfants au parcours brisé, en leur permettant de grandir, de se construire une identité, de se projeter.

«La mémoire nest pas le retour du passé, cest la représentation dun passé que lon recompose à partir du présent () Dès linstant où il y a eu autour de moi des actions, des récits, des émotions et des projets, j’ai découvert avec un étonnant plaisir qu’être juif, ce n’était pas simplement mourir, c’était surtout habiter une culture de rencontres et de récits qui me permettaient de comprendre comment on peut se construire», raconte l’écrivain et psychiatre Boris Cyrulnik en évoquant ses souvenirs de Stella-Plage, l’une des cinquante colonies de la CCE où des gamins comme lui ont retrouvé le sourire.

 

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