mardi 28 septembre 2021

Santé. « Non à la psychiatrie virtuelle et verticale »



Alexandre Fache

Ouvertes lundi, les assises de la santé mentale étaient censées remettre à plat un secteur sinistré. Il n’en sera rien, assurent les membres du Printemps de la psychiatrie.

Promises en janvier par Emmanuel Macron pour une tenue « avant l’été », les assises de la santé mentale et de la psychiatrie auront donc attendu le début de l’automne pour se tenir. Mais, plus que ce retard à l’allumage, c’est le contenu de ce rendez-vous présenté comme « historique » par l’exécutif qui déçoit et inquiète nombre de professionnels du secteur, réunis au sein du Printemps de la psychiatrie, un collectif fondé en 2018. « Ces assises sont à l’image de la psychiatrie qui nous attend, virtuelle et verticale », et mettent délibérément de côté de « nombre de problématiques » comme la réforme de son financement, bientôt calqué sur la tarification à l’activité (T2A) qui a déjà fait tant de mal à l’hôpital public, ou « le débat sur les pratiques de contention et d’isolement », écrivent ces acteurs (1) qui, en réponse, organisent ce mardi, à 14 heures, un « rassemblement-tintamarre » devant le ministère de la Santé.

Disparition du mot « soin »

Pourtant, reconnaît le collectif, ce « parent pauvre de la santé » qu’est la psychiatrie avait bien besoin qu’on débatte de son organisation et qu’on lui donne enfin les moyens de faire face à des besoins croissants – 12 millions de Français souffrent de troubles psychiques (+ 40 % en dix ans), un phénomène accentué par les confinements liés au Covid. « Mais la confrontation au réel n’aura pas lieu lors de ces assises. On n’y parlera pas du nombre ridicule de pédopsys, des listes d’attente qui s’allongent, ni de ces paroles de terrain qui sont régulièrement bâillonnées », alerte Sandrine Deloche, pédopsychiatre, membre du Collectif des 39 et du Printemps de la psychiatrie. « Petit à petit, le mot “soin” a disparu du discours, témoigne aussi Marie Bakchine, psychologue et membre du Collectif Grand-Est pour la défense du secteur médico-social. O n parle au mieux d’“accompagnement”, voire d’“intervention”. La priorité, c’est la gestion des flux de patients et, au fond, de traiter les pathologies à moindre coût. Quitte à utiliser des postulats scientistes qui résument l’être humain à son seul fonctionnement neuronal. »

Même la perspective, qui pourrait être annoncée par Emmanuel Macron ce mardi, d’un remboursement par la Sécuristé sociale des consultations de psychologues ne convainc guère tant elle est soupçonnée de vouloir détourner une partie du flux des patients du secteur sinistré de la psychiatrie vers les psychologues libéraux. Lesquels craignent un montant de remboursement « indécent », autour de 30 euros, remboursement qui serait soumis « à prescription et contrôle médicaux », ce qui serait « catastrophique pour la profession », a estimé Patrick-Ange Raoult, le secrétaire général du Syndicat national des psychologues, qui appelle, lui aussi, avec la CGT ou SUD, à un rassemblement ce mardi après-midi devant le ministère.

On le voit, les colères sont multiples dans un secteur en proie à une véritable « catastrophe gestionnaire », qui a déjà conduit à la fermeture de dizaines de milliers de lits et de nombreux établissements. Dans ce contexte, la mise en place, le 1er janvier, de la tarification à l’activité (rebaptisée ici « par compartiment », sans doute pour mieux faire rentrer les malades dans des cases…) fait craindre le pire aux professionnels. « On a vu les effets délétères que cela a eu sur le reste de la médecine depuis 2003. Les actes de soin ont été découpés en tranches, à qui on a attribué des tarifs. Les plus rentables ont été privilégiés au détriment des autres. Jusqu’ici, la psychiatrie était préservée de cela. C’est bientôt fini », regrette Loriane Bellahsen, psychiatre dans un hôpital de jour accueillant des autistes, à Paris.

« Attacher et isoler »

Autre préoccupation majeure, « l’inflation des contentions physiques et des isolements psychiatriques », devenus pratiques courantes, voire « systématiques », selon Catherine Skiredj-Hahn, présidente de l’association Le Fil conducteur-Psy. « Attacher et isoler redoublent et aggravent les isolements (…) des personnes déjà fragilisées par leurs troubles psychiques », rappelle une tribune de 200 professionnels publiée dimanche sur Leparisien.fr. Des pratiques qu’il ne fait pas bon dénoncer trop ouvertement. Pour avoir saisi le contrôleur général des lieux de privation de liberté, en mai 2020, sur une « confusion entre confinement sanitaire et isolement psychiatrique » dans son établissement d’Asnières-sur-Seine, le psychiatre Mathieu Bellahsen y a été démis de ses fonctions de chef de pôle, en juillet. Un exemple parmi d’autres de la « répression » qui s’abat sur ceux qui entendent résister à la « culture de l’enfermement ».

(1) Lire la tribune « Le silence des assises de la santé mentale et de la psychiatrie » sur l’Humanité.fr.

Suicide : un numéro vert

Avant la clôture des assises par le chef de l’État, ce mardi, le ministre de la Santé a fait une première annonce. Le nouveau numéro national de prévention du suicide, promis lors du Ségur de la santé, entrera « en fonctionnement » vendredi, a indiqué Olivier Véran. « Gratuit, accessible 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 depuis tout le territoire national, ce numéro permettra d’apporter une réponse immédiate aux personnes en détresse psychique et à risque suicidaire », a-t-il assuré. Il complète le système « de rappel et de suivi des personnes ayant fait une tentative de suicide », VigilanS, créé en 2015 dans les Hauts-de-France.

 

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