jeudi 30 septembre 2021

« Autonomie ? », l’éditorial de Cédric Clérin dans l’Humanité.



Depuis quatre ans, Jean-Michel Blanquer s’évertue à façonner une école qui respecte scrupuleusement les piliers de la religion libérale : plus de compétitivité, moins d’égalité. À chaque fois, les problèmes d’une éducation nationale, sous-dotée et en perte de sens, ont servi de prétexte aux coups de boutoir du gouvernement. C’est encore le cas avec la loi sur les directeurs d’école. Le texte dit « loi Rilhac » prévoit de donner plus de pouvoir aux directeurs et d’en faire des sortes de « managers » des écoles. Pour avancer ses pions, le ministre s’appuie sur un problème existant puisque, les principaux concernés se plaignent d’avoir toutes les peines du monde à exercer correctement leur rôle. Mais, là où ils demandent des moyens pour travailler, pour soulager leurs tâches administratives, et des personnels compétents pour gérer les problè- mes sociaux, le ministère répond : « Management. » C’est moins cher.

Au moment où la loi a été présentée, il s’agissait d’avancer vers une autonomie de gestion. Après le discours de Marseille du président tout s’accélère. Car, là encore, le gouvernement se sert d’un problème social profond, d’une défaillance de l’intervention publique pour répondre par la destruction de celle-ci. « Adapter, repenser les projets d’apprentissage, les rythmes scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons d’enseigner » dans 50 écoles de la cité phocéenne, disait le chef de l’État. La droite et une partie de la majorité (pléonasme ?) s’engouffrent dans la brèche pour demander pareille libéralisation sur tout le territoire à l’occasion de la loi Rilhac.

L’immense majorité des directeurs s’oppose à ces nouvelles prérogatives qui ne régleront rien et déstructurent les collectifs de travail comme l’égalité républicaine entre établissements et donc entre élèves. Mais voilà à nouveau l’école soumise aux recettes de l’entreprise. Quand ce gouvernement arrêtera-t-il de singer le modèle anglo-saxon et de parler de République toute la journée sans jamais l’édifier ?

 

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