Depuis l’entrée en
vigueur du nouveau mode de calcul, 41 % de ses bénéficiaires ont perdu tout ou
une partie de leur aide au logement.
La réforme du mode de calcul de l’allocation la plus répandue en France
(6 millions de foyers) compte bel et bien un nombre considérable de
« perdants ». C’est le constat que dresse une étude non publiée de la Caisse
nationale des allocations familiales, révélée par les
Échos, le week-end dernier. 8,4 % des foyers encore bénéficiaires de
l’aide au logement en décembre 2020 (soit 500 000 foyers) l’ont ainsi perdue en
janvier, et 18 500 de plus en mars. Promise depuis 2019 et finalement
entrée en vigueur au début de l’année 2021, la « contemporanéisation » de
l’aide personnalisée au logement (APL) avait pour objectif de faire économiser
750 millions d’euros par an à l’État. Le calcul de l’allocation se fait
désormais « en temps réel » : la situation de ses bénéficiaires est actualisée
tous les trimestres à partir des revenus des douze derniers mois, au lieu de se
concentrer tous les ans sur ceux touchés deux années plus tôt.
Selon les données de la CAF, concernant le seul premier trimestre, si les
règles n’avaient pas changé, 12 % des allocataires auraient dû observer une
hausse du montant de leur allocation. Dans les faits, 41 % sont « perdants ».
Pour plus de la moitié d’entre eux, dont les revenus ont augmenté ces deux
dernières années, l’aide aurait de toute façon enregistré une baisse, mais elle
a été accélérée par le nouveau mode de calcul. En revanche, l’étude ne dit pas
si l’augmentation de leurs revenus a suffi à compenser le manque à gagner de
cette baisse. Interrogée par l’Humanité, la Caisse nationale
d’allocations familiales précise qu’il ne s’agit que des premiers chiffres
d’une étude à paraître en juillet.
750 millions d’euros d’économies sur le dos des plus pauvres
En février dernier, peu après la mise en place de la réforme et avant que
soit prise la mesure de son impact, l’Union nationale pour l’habitat des jeunes
(Unhaj) alertait déjà sur les effets de la réforme. Ce mois-ci, l’organisation
chargée du logement de 90 000 jeunes vient de faire paraître les résultats
de sa propre étude. Comme elle le prédisait, les plus jeunes, soumis à des
variations de revenus, sont les plus touchés. « Tous sont perdants, et
ce, quel que soit leur niveau de ressources », notent les auteurs du
rapport. Les jeunes actifs aux revenus pourtant faibles, compris entre 800 et
1 300 euros par mois, perdent ainsi 95 euros d’APL en moyenne. Dans
l’ensemble, les 4 000 répondants accusent une baisse de 38,50 euros
chaque mois.
Le changement de calcul frappe directement au porte-monnaie certains des jeunes
actifs. « À la suite de la mise en place de la réforme, mes APL ont
baissé de plus de la moitié. Je suis passé de 371 euros à 163 euros
par mois. Ça change tout pour moi. Je suis en mode survie », témoigne
dans l’étude un travailleur de 21 ans accompagné par l’Unhaj. À une
période où les jeunes ont parfois besoin d’investir pour se lancer dans la vie
active, la perte conséquente d’une partie de leurs ressources les condamne à se
serrer la ceinture encore quelques années, en pleine crise économique et sanitaire.
Dans les foyers, on constate déjà des départs de locataires qui n’ont plus les
moyens de payer. « Des jeunes sont rentrés chez leurs parents ou se
font héberger par leurs amis. Notre grosse crainte, c’est que des jeunes
renoncent à partir dans certaines formations car se loger est trop difficile », détaille
Aude Pinault, en charge de l’étude. Pour compenser les pertes des jeunes
bénéficiaires, l’Unhaj demande des mesures compensatoires au gouvernement à
destination de tous les 18-24 ans, dont la moitié n’est pas en étude et
occupe les emplois les plus précaires.
« La réforme a été mise en place sans en évaluer les effets par une étude
d’impact », déplore Christophe Robert. Le délégué général de la Fondation Abbé-Pierre
souligne qu’une fois de plus le gouvernement se sert des allocations comme
d’une variable d’ajustement et fait des économies sur le dos des plus pauvres,
sans réinjecter les 750 millions d’euros ainsi économisés dans une
revalorisation de l’APL. « Ces trois dernières années, 10 milliards
d’euros d’économies ont été faits sur les APL et les aides à la construction de
logements sociaux, alors que le secteur est en tension », rappelle-t-il.

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