Cent mille
morts. C’est un cap symbolique et un chiffre terrible. Encore est-il
sous-estimé. Il y aurait au moins dix pour cent de décès en plus, non
répertoriés par Santé publique France. Il ne rend pas compte non plus des décès
collatéraux liés à des reports de soins. Et comment chiffrer les pathologies
parfois très lourdes du Covid long ?
« Nous
sommes en guerre », avait dit Emmanuel Macron quand on s’apercevait que la
petite grippe était un fléau mortel et massif. Les plus modestes se sont
trouvés en première ligne. Les premiers de corvée, les soignants, les habitants
des quartiers populaires. Le département le plus pauvre de France, la
Seine-Saint-Denis, est lourdement frappé. Parmi les victimes de ce nouveau
front, les femmes, qu’il s’agisse de l’emploi, de la pauvreté, des violences
entre les murs clos de la famille. Les femmes et les jeunes. Dans certains
quartiers, le délitement du lien social est dramatique pendant que les
inégalités se creusent. Le CAC 40, quant à lui, est en excellente santé.
Le président
de la République assume ses choix et sa gestion. Sa gestion à lui, car
elle a été et reste solitaire, autoritaire, allant jusqu’à se passer des
scientifiques comme elle s’est passée dès le début des élus, des associations
et syndicats qui auraient pu contribuer à l’élaboration de solutions partagées
par le plus grand nombre. Dans le même temps, la crise a fait exploser nos
certitudes. Le pays de Pasteur a été incapable d’inventer un vaccin parce que
les profits ont pris le pas sur la recherche. Le pays qui pensait avoir un des
meilleurs systèmes de santé au monde, en dépit de ses insuffisances de plus en
plus criantes, était en manque de lits et de postes malgré les luttes de ses
personnels. La France a manqué de masques, elle a manqué de tests, elle a
manqué et manque de vaccins. Un nouveau risque majeur apparaît avec le variant
brésilien et un tsunami social est encore devant nous quand le « quoi qu’il en
coûte » des débuts semble laisser la place à un « quoi qu’il arrive ». Vivre
avec le virus risque de devenir vivre et laisser mourir.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire