vendredi 26 février 2021

« Zemmour, candidat de l’Action française ? », le bloc-notes de Jean-Emmanuel Ducoin.



Convergence. Il se rêve depuis longtemps en «Trump français», sauf que, cette fois, la rumeur n’en est plus une et tout pousse à croire que l’histrion préféré de CNews ambitionne quelque chose. L’odieux Éric Zemmour va-t-il tenter de se porter candidat à la présidentielle de 2022 ? Ou constitue-t-il, d’ores et déjà, une sorte de «chiffon rouge» dans le but non avoué de ratisser large pour Fifille-la-voilà ? Difficile, en vérité, de connaître les réelles motivations du polémiste. D’autres s’en chargent pour lui. Cette semaine, plusieurs de ses soutiens ont en effet créé une plateforme en ligne pour lancer l’idée. Jacques Bompard, maire d’extrême droite d’Orange, se trouve à la manœuvre. Pour ce dernier, Zemmour serait le seul capable d’inventer sur le plan «pratique et théorique» une «convergence» entre droite dure et droite extrême, ayant pour but d’éliminer Fifille-la-voilà, qui aurait le désavantage de «faire partie du système» et de ne pas «être à la hauteur du débat». Tout un programme, plus ou moins partagé par l’ineffable maire de Béziers, Robert Ménard, qui aurait personnellement dit à la cheffe du RN tout le bien qu’il pensait du chroniqueur du Figaro. Tous les artisans de l’Action française revisitée sont donc là, jadis tapis dans l’ombre, passés depuis en pleine lumière, persuadés désormais que le fameux «plafond de verre» a tellement été fissuré qu’il suffirait d’une pichenette de l’histoire pour qu’il explose au pays de Voltaire et d’Hugo.

Râteau. Les scores de Fifille-la-voilà dans les sondages laissent songeur autant qu’ils nous incitent à prendre conscience du danger d’accoutumance à cette possibilité même. Nous le savons : le tête-à-tête mortifère entre Mac Macron et le RN risque de mal finir. L’accident devient donc potentiellement crédible. Au moins pour une raison structurante. Ce que nous appelons la «réaction néonationaliste» dans notre pays nous parvient en effet par tous les bouts, à commencer par le bas, sans toutefois dénominateur commun. Nous ne sommes pas confrontés à «un» vote mais à «des» votes d’extrême droite. Ils s’additionnent. Il y a les déçus de tout, qui s’inventent un discours pseudo-social. Il y a les ultralibéraux catho-identitaires ségrégationnistes de la droite traditionnelle, héritière du poujado-pétainiste colonialiste. Et il y a les ultraréacs plus ou moins ouvertement pétainistes et fascisants. La «famille» de l’extrême droite et de la droite extrême dispose d’un râteau multiforme. Qui eût cru cela envisageable, il y a vingt ans à peine ?

Horreur. Zemmour a déjà refusé une investiture RN pour les européennes ? Qu’à cela ne tienne. Depuis plusieurs années, l’homme croit en la prédiction de l’ancien conseiller occulte de Nicoléon, Patrick Buisson, qui a toujours vu en lui la «figure providentielle pour donner une base doctrinale à la droite, susceptible de rallier LR et le RN… et bien au-delà». Admettons-le : malgré ses multicondamnations (provocation à la discrimination raciale, à la haine contre les musulmans), Zemmour jouit d’une importante popularité. Il vend des livres : 500.000 exemplaires du Suicide français, puis 110.000 environ du Destin français. Il réalise de bons scores avec son émission quotidienne sur CNews : environ 800.000 téléspectateurs en moyenne. Se sentant porté par des vents crépusculaires, identitaires et xénophobes dont il cherche à attiser la puissance – avec tous ses relais –, le nouveau porte-parole des nationalistes et de l’extrême droite aspirait naguère au statut de «Maurras du XXIe siècle», abusant de tous les codes mis à sa disposition, en particulier quand il publie un livre. Zemmour incarne l’extrême droite dans toute son horreur à peine ripolinée. Sa vieille quête fanatique du n’importe quoi historique en est la marque ; tout comme ses propos sur l’immigration ou les femmes ; ou quand il ose exalter la figure de Pétain au point de le réhabiliter entre les lignes ; sans parler de sa sortie verbale, après la reconnaissance par Mac Macron du rôle de la France dans la mort du mathématicien communiste Maurice Audin, affirmant que ce dernier était «un traître et méritait 12 balles dans la peau»… 

 

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