Le projet de loi « confortant le respect des principes
de la République » passe complètement à côté du combat pour l’égalité entre les
citoyens sur l’ensemble du territoire. Au risque de fracturer toujours plus le
pays.
Les députés votent ce lundi le projet de
loi sur les séparatismes. S’il convient de lutter avec détermination contre
l’islamisme, le texte ne se penche que sur la question répressive, en plus de
stigmatiser les musulmans. Dans son discours des Mureaux, en octobre dernier,
Emmanuel Macron appelait à « faire aimer la République en démontrant
qu’elle peut permettre à chacun de construire sa vie ». Mais le volet
« social » du texte de loi a finalement été supprimé. Le séparatisme économique
et social que les riches mènent contre les pauvres nourrit pourtant le
séparatisme communautariste. Les inégalités de revenus, les discriminations de
classe et d’origine, la ségrégation urbaine et la casse des services publics
sont l’un des terreaux fertiles du rejet d’une promesse républicaine dézinguée
par le gouvernement lui-même. La Macronie assure qu’elle apportera des réponses
dans son futur projet de loi consacré à « l’égalité des chances », mais toute
son action depuis 2017 vise à imposer un ultralibéralisme contraire à la
réalisation de la fraternité. Loin de mettre en œuvre les solutions qui
existent, le gouvernement préfère encore et toujours mettre en scène son duel
avec le FN pour masquer son bilan délétère.
1/ Renforcer l’école de la République
Rodrigo Arenas n’y va pas par quatre
chemins : « Quand on veut renforcer les principes républicains, on
renforce l’école publique », insiste le coprésident de la FCPE. Or, le
gouvernement fait tout l’inverse. « Il ne cesse d’affaiblir le service
public d’éducation. Depuis l’arrivée de Jean-Michel Blanquer à l’éducation
nationale, les collèges et lycées n’ont connu que des suppressions de postes »,
s’alarme Sophie Vénétitay. La secrétaire générale adjointe du Snes-FSU ajoute
que le secteur de l’éducation prioritaire est lui aussi sur le point de perdre
des moyens. « Cela dit beaucoup d’une volonté de ne pas s’occuper des
territoires qui ont le plus besoin de la République », tance-t-elle. « Je
n’ai pas entendu le ministre parler des enfants à la rue qui n’ont pas accès à
l’école. Il faudrait commencer par là : des logements et une école pour tous »,
ajoute Guislaine David, cosecrétaire générale du Snuipp-FSU. Au lieu de s’y
attaquer, la loi Blanquer a permis à des écoles privées d’être financées par
les collectivités locales. « Ils parlent même d’inclure l’école privée
dans les politiques d’éducation prioritaire », s’étouffe la
syndicaliste. « Le premier signe de l’entre-soi, de l’endogamie
sociale, c’est le recours à l’école privée. La ségrégation et la sécession sont
organisées dans notre pays. Blanquer est un pyromane qui encourage la fuite
vers l’enseignement privé confessionnel », dénonce Rodrigo Arenas. Le
ministre passe son temps à stigmatiser l’école publique et les enseignants,
mais « n’apporte aucune réponse sur la question de la mixité scolaire,
élément fondamental de l’étudier, du réussir et du vivre-ensemble. Et aucune
réponse sur la question des moyens ».
Une démarche séparatiste, à l’échelle de
l’accès à l’éducation et à la citoyenneté. Entre le CP et la 3e, un élève de
Seine-Saint-Denis a même l’équivalent d’une année entière sans enseignant, ce
qui « fait beaucoup plus pour le discrédit de la République que des
discours séparatistes », selon le député PCF Stéphane Peu. « Il
faudrait permettre à tout le monde d’aller à l’école publique, la seule
universelle, et créer les conditions de mettre tous les enfants sur un pied
d’égalité. Il faudrait que l’école change, cesse d’être pyramidale et élitiste,
pour apprendre l’entraide et la coopération », mesure Rodrigo Arenas.
2/ traiter le problème des Discriminations en amont
Les 11 et 12 février, le président de
la République a affirmé vouloir lutter contre les discriminations. Dont les
contrôles au faciès. Avocat de six ONG ayant engagé une action de groupe en
justice, Slim Ben Achour s’en réjouit partiellement. « Si les annonces
d’Emmanuel Macron en matière de lutte contre les discriminations sont liées à
la révélation de violences policières, on peut noter un élargissement. C’est
une bonne chose, estime-t-il, même s’il n’y a pas grand-chose sur
les violences policières elles-mêmes. » Et d’ajouter : « Encore
une fois, on va traiter en aval des faits discriminatoires. Mais ce sont des
discriminations systémiques, qu’il faut éliminer… en amont. C’est la culture
qu’il faut changer. Tout cela devrait prendre place dans un ensemble plus vaste
de politiques publiques. »
La Défenseure des droits, Claire Hédon, a
proposé le 12 février d’aller plus loin en expérimentant des zones dans
lesquelles il n’y aurait plus de contrôles d’identité, suscitant une levée de
boucliers des syndicats de policiers. Par ailleurs, si les contrôles au faciès
semblent préoccuper au sommet de l’État, la mise en œuvre de mesures
législatives se fait attendre. La sénatrice PCF Laurence Cohen, interrogeant le
gouvernement au sujet de l’action en justice des six ONG le 1er février,
avait plaidé pour la « mise à disposition de toute personne contrôlée
d’une preuve de contrôle », sur le modèle du récépissé. Stanislas Guerini,
délégué général de LaREM, s’y est déclaré favorable le 14 février. Le
député FI Éric Coquerel a alors rappelé qu’il avait déposé une proposition de
loi en ce sens il y a deux ans. Aux actes, donc ?
3/ Instaurer d’urgence une justice sociale
Le maire PCF de Grigny (Essonne), Philippe
Rio, est clair : « Le séparatisme territorial est un terreau
antirépublicain. » Il fait le constat que « dans la devise
républicaine, un élément est de plus en plus absent jour après jour :
l’égalité. Elle recule sous les coups de boutoir de la République libérale ».
Alors que la pauvreté explose, avec une hausse des demandes de RSA de 9 %,
2020 a été une année en or pour les milliardaires. La crise sanitaire et
économique ne semble pas les toucher puisque les cent milliardaires les plus
riches au monde ont vu leur fortune augmenter de plus de 1 000 milliards
d’euros. Député communiste du Nord, Fabien Roussel a pointé ces inégalités
économiques et sociales alors que le débat sur la loi séparatismes battait son
plein. Lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, le
9 février, le secrétaire national du PCF insiste sur les OpenLux, nouveau
scandale d’évasion fiscale : « Quinze mille Français détiendraient 100
milliards d’actifs au Luxembourg. Monsieur le premier ministre, allez-vous
demander aux services fiscaux d’enquêter sur ces grandes fortunes et ces
multinationales qui pillent nos richesses ? » Olivier Dussopt,
ministre délégué aux Comptes publics, n’a pas répondu sur le fond.
La captation des richesses par quelques-uns et les
écarts de rémunération scandaleux sont pourtant au cœur des difficultés
sociales du pays. Philippe Rio tient ainsi à ne pas stigmatiser les quartiers
populaires. Le sujet est bien plus large : « Les quartiers populaires,
les outre-mer, les territoires ruraux isolés, les bassins en reconversion… 15 à
20 millions d’habitants sont dans des territoires abandonnés de la
République. » Au-delà de la radicalisation fondamentaliste, les
inégalités que le gouvernement laisse se développer nourrissent aussi d’autres
fléaux : « Le complotisme, les marchands de drogue », poursuit
l’édile. Après l’annonce du déblocage de 3,3 milliards d’euros pour les
banlieues dans le cadre du comité interministériel à la ville, le maire de
Grigny rappelle la fragilité des promesses de l’exécutif : « Les
mesures restent à appliquer dans les territoires. La seconde mi-temps débute. »

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