Riche semaine que celle qui vient de s’achever pour l’extrême droite en Europe. En ce bref laps de temps, les partis les plus réactionnaires de France et d’Italie ont fait chacun un pas vers le pouvoir. De l’autre côté des Alpes, le coup de pouce est venu de Mario Draghi et des sociaux-libéraux qui, pour assouvir leur soif de gouverner, n’ont pas hésité à s’allier avec la Ligue de Matteo Salvini, hier encore jugée infréquentable.
En France, c’est le ministre de
l’Intérieur d’Emmanuel Macron qui a fait la courte échelle à la présidente du
Rassemblement national sur France 2, jeudi. En une heure, la fille de
Jean-Marie Le Pen a davantage accru ses chances de conquérir l’Élysée que
durant les presque quatre années écoulées depuis sa prestation ratée de l’entre-deux-tours
de la présidentielle de 2017. La députée RN ne s’attendait sans doute pas à ce
que son « adversaire » d’un soir lui facilite à ce point le travail. La
stupéfaction le disputait à l’impuissance devant le spectacle d’un ministre,
complètement oublieux de ce qu’il doit à la mobilisation des électeurs ayant
fait barrage à la représentante de l’extrême droite, asseyant cette dernière
dans la position de concurrente respectable et presque « modérée ». Si,
toutefois, ce mot a un sens dans le climat de surenchère contre les musulmans
et les réfugiés qui régnait entre ces deux-là sur la chaîne du service public.
Marine Le Pen est « molle » sur l’islam. Voilà tout le
reproche que Gérald Darmanin peut adresser à la cheffe de l’ex-FN en marche
vers l’Élysée, quand il ne confesse pas son accord avec celle qui déclare
qu’elle aurait pu « signer » le récent livre du ministre de
l’Intérieur. À quel jeu mortel joue-t-on au sommet de l’État ? À l’heure où des
sondages estiment qu’une victoire de Le Pen n’est plus impossible en 2022, il
n’est pas temps de parier d’étouffer les oppositions démocratiques en
confortant la candidate extrémiste. L’intérêt de la République appelle un autre
casting, dans lequel la gauche incarne l’alternative. Les prétendants sont
nombreux. Ce peut être un handicap. Ou une chance, si cette pluralité permet
d’élargir les forces disponibles.

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