Une enquête a été lancée, vendredi, pour
cartographier la présence en France de la souche mutante du virus, dont les
cas se multiplient. À ce stade, l’enjeu n’est plus d’empêcher sa propagation
mais seulement de la retarder.
Sommes-nous dans la situation du
Royaume-Uni à l’automne ? Et peut-on éviter de se retrouver dans celle qui est
la sienne, en ce début janvier ? Voilà les questions qui hantent l’exécutif
depuis l’apparition, en France, de plusieurs cas du variant anglais du virus
Sars-CoV-2. On serait tenté d’en ajouter une autre : comme pour les masques, le
dépistage ou la vaccination, a-t-on trop tardé avant de traquer cette mutation
du virus, apparue « probablement » dans le sud-est de l’Angleterre en septembre
2020 ? Décryptage.
1/ Où le variant britannique circule-t-il en France ?
Après un premier cas détecté à Tours, le
jour de Noël (un Français résidant à Londres et asymptomatique), la mutation
baptisée VOC 202012/01 a été repérée à plusieurs reprises sur le territoire, à
Bagneux, Marseille, Lille ou dans les Hautes-Alpes. Autrement dit, aux quatre
coins de l’Hexagone. Et tout porte à croire que ces cas vont se multiplier
désormais, car on ne trouve que ce que l’on cherche… « Il était
parfaitement illusoire de penser qu’on pouvait éviter d’être touchés par ce
variant anglais, fait remarquer l’épidémiologiste Catherine
Hill. Aller à l’arrivée des trains venus de Londres, gare du Nord, ou à
celle des ferries, suffisait pour s’en rendre compte. » Le variant est
donc bien là. Reste à savoir dans quelles proportions. C’est l’objectif de
l’enquête rapide menée depuis vendredi sur « tous les tests PCR
positifs », réalisés en France les 7 et 8 janvier, qui permettra
de « faire une première cartographie » de ce virus mutant,
selon Bruno Coignard, de Santé publique France. Un travail essentiel car, selon
les données venues de Grande-Bretagne, cette nouvelle souche serait 50 à
70 % plus contagieuse que la souche classique. « Malgré tout, on
n’arrivera pas à éviter qu’il devienne dominant », tranche Antoine
Flahault, le directeur de l’Institut de santé globale de Genève. Que ce soit
pour le variant anglais ou celui venu d’Afrique du Sud (lire notre encadré ci
après), « l’objectif est de retarder au maximum leur diffusion, explique
Bruno Coignard. Je dis bien retarder, et non pas empêcher ».
2/ Le dépistage de cette souche est-il plus complexe ?
Problème : tous les tests PCR ne sont pas
capables de différencier la souche « classique » de celle qui a muté. Un seul
d’entre eux, fourni par le fabricant Thermo Fisher, y parvient. « Un
tiers du parc français possède les appareils qui détectent les trois séquences
du virus », détaille François Blanchecotte, président du Syndicat national
des biologistes. « Lorsqu’ils n’en détectent que deux sur trois, cela
peut permettre d’orienter le diagnostic et de suspecter que l’on est en
présence du variant », poursuit-il. Les tests suspects sont ensuite envoyés
dans des centres nationaux de référence (CNR) pour une confirmation via un
séquençage. « Mais faire cela pour 15 000 tests par jour, c’est
intenable », poursuit François Blanchecotte. « Un premier tri peut
être effectué en interrogeant les personnes à dépister : ont-elles été en
Angleterre ou en contact avec un Britannique récemment ? » Viennent
ensuite le ou les tests nécessaires pour confirmer la présence du virus mutant.
Des obstacles qui compliquent singulièrement la course contre la montre lancée
pour éviter qu’un trop grand nombre de cas n’échappe au dépistage. « Nous
devons aussi veiller à ne pas entrer plusieurs résultats positifs pour un seul
cas dans la base de données nationale, sinon le nombre de positifs va exploser
artificiellement », précise François Blanchecotte.
3/ Peut-on le maîtriser sans reconfiner ?
C’est la grande question qui a conduit le gouvernement
à qualifier cette semaine de moment « charnière ». Interrogé
dès mercredi, sur France 2, le président du Conseil scientifique,
Jean-François Delfraissy, prévoyait qu’il faudrait bientôt « discuter
de mesures plus lourdes » que les couvre-feux et « tout faire
pour retarder » l’expansion du variant anglais, jugé « inquiétant ». « Là-bas,
il est apparu en septembre et il lui a fallu deux mois et demi pour atteindre
60 % du virus circulant actuellement », relevait le professeur
d’immunologie. Pour illustrer les mécanismes en jeu, le chercheur Antoine
Flahault manie la métaphore : « Une épidémie, c’est comme un véhicule
placé dans une pente. Les mesures barrières, de confinement, la période
estivale ou l’immunité acquise constituent des freins, plus ou moins efficaces.
Mais, avec ce variant, c’est comme si quelqu’un poussait la voiture dans la
pente. »
« À ce stade, il n’y a pas de
reconfinement prévu », continuait
d’indiquer le gouvernement, lundi, par la voix de son porte-parole, Gabriel
Attal, même si une nouvelle conférence de presse de Jean Castex est attendue
jeudi. « Il va falloir ajouter d’autres freins, car ceux en place ne
suffisent pas », reprend Antoine Flahault, qui constate que le taux de
reproduction du virus est passé au-dessus de 1,2 depuis quatre jours. « Le
Royaume-Uni a attendu quatre à cinq semaines avant de réagir face à des
chiffres similaires. On voit aujourd’hui avec quel résultat », poursuit
le chercheur, qui plaidait fin décembre pour un réaménagement du calendrier
scolaire, avec des fermetures élargies cet hiver, quitte à mordre sur les
congés d’été. « Confiner, pourquoi pas, estime, de son côté,
Catherine Hill, mais il faudrait surtout en profiter pour tester
beaucoup plus massivement qu’on ne le fait, et isoler les cas positifs. Les
pays qui s’en sortent le mieux, comme la Chine ou l’Australie, ont fait comme
ça. En réalité, l’idée selon laquelle il fallait “vivre avec le virus” était
une erreur, qui a coûté horriblement cher. »
4/ Les vaccins, principal espoir contre les variants ?
Face à cette menace, reste alors un outil principal :
les vaccins. Alors que les laboratoires Pfizer et BioNTech assurent, étude à
l’appui, que leur sérum est efficace contre les variants britannique et
sud-africain, le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies
(ECDC) est moins définitif. « Il n’y a, à ce stade, pas assez
d’informations disponibles pour estimer (qu’ils font peser) un risque sur
l’efficacité des vaccins. » L’étude en question ne porte en effet pas
sur toutes les mutations observées. Concernant la mutation anglaise,
l’optimisme semble de mise. « La bonne nouvelle dans cette affaire,
c’est que les vaccins semblent efficaces contre ce variant. On en est quasi sûr
pour celui de Pfizer et c’est probable pour celui de Moderna. Pour celui
d’AstraZeneca, on ne sait pas encore », détaille Antoine Flahault. Mais le
variant sud-africain, qui présente une mutation que n’a pas développée le
britannique, est source de plus d’inquiétude. Celle-ci pourrait théoriquement
aider ce variant « à contourner la protection immunitaire conférée par
une infection antérieure ou par la vaccination », selon le professeur
François Balloux, de l’University College de Londres, cité par l’organisme
britannique Science Media Centre. Le laboratoire BioNTech assure toutefois
qu’il ne lui faudrait que « six semaines » pour adapter son
vaccin à ces évolutions. Un délai record. Mais qui ne rassure pas encore tout à
fait, tant ce virus a multiplié surprises et rebondissements depuis un an.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire