Historique ? Pas historique ? Les
commentateurs se perdent en conjectures à l’heure où la cour d’assises spéciale
de Paris doit rendre, ce mercredi, son verdict au procès des attentats de
janvier 2015. Débat bien secondaire, en vérité. Comme le résume, un brin
agacée, l’avocate générale, Julie Holveck : « Ce sont les faits qui
sont historiques, pas la procédure. » Elle n’a pas tort. Apprécions,
cependant, que ces trois mois et demi d’audience ponctuée d’attentats ont
réussi à jouer leur rôle, sans défaillir devant la charge émotionnelle des
tueries de Charlie et de l’Hyper Cacher, sans se déliter face
aux embrouillaminis des accusés et à l’interminable suspension due au
Covid. La justice a remis la parole au centre, à commencer par celle,
bouleversante, des victimes. Et opposé le droit commun à la division meurtrière
des terroristes. C’est déjà, en soi, une première victoire.
En l’absence des frères Kouachi et d’Amedy
Coulibaly, le procès ne pouvait laisser qu’un goût d’inachevé. Sur le plan de
la vérité judiciaire, ce sera le cas. Les avocats des quatorze accusés, la
plupart jugés pour avoir recherché ou fourni des armes au trio djihadiste, ont
longtemps insisté sur les « zones d’ombre » de
l’instruction. De fait, la façon dont cet arsenal a atterri entre les mains des
terroristes reste obscure. Le parquet a requis de lourdes peines, allant de
cinq ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité. Sera-t-il
suivi ? C’est tout l’enjeu de ce verdict hautement symbolique.
Comme l’a rappelé dans sa plaidoirie l’avocat de
Charlie, Richard Malka, ce ne sont pas seulement des humains que les tueurs ont
voulu abattre, c’est l’idée même d’altérité et de liberté. Cette toile de fond
accompagnera inévitablement la décision des magistrats. Qui vont devoir éviter
l’écueil d’une justice vengeresse à l’égard de simples complices, tout en
répondant à l’attente légitime des victimes et d’une société traumatisées.
Trouver ce juste équilibre sera la meilleure des réponses à tous les semeurs de
mort et de haine.

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