Une haletante course de vitesse est
engagée sur l’ensemble de la planète entre un virus tueur et la recherche de
traitements et vaccins. 1 250 000 vies ont déjà été volées par le Covid-19
alors qu’une troisième vague est envisagée avec fatalité. Dans un contexte
aussi anxiogène, l’annonce de la découverte d’un vaccin a soulevé un vent
d’espoir. L’Organisation mondiale de la santé vient, de son côté, de préciser
que 48 vaccins sont en phase d’essai clinique. L’espoir se situe à hauteur
du drame qui se noue chaque jour, avec ses terribles conséquences sanitaires,
sociales, économiques, psychologiques, culturelles et civilisationnelles.
Les étapes sont cependant loin d’être
franchies avant que ces traitements ne puissent être mis à disposition de tous.
Les protocoles médicaux doivent être scrupuleusement respectés et des doutes
persistent sur leur production et distribution. Malheureusement, ce sont une
nouvelle fois des groupes privés – bénéficiant pourtant de substantielles aides
publiques – qui mènent la danse dans le cadre d’une guerre économique sans
merci, espérant en tirer de colossaux profits et accumuler du capital. Ainsi
ces jours derniers, la firme nord-américaine Pfizer, associée à un laboratoire
allemand, a annoncé un vaccin utilisant des techniques biomédicales nouvelles.
Par parenthèse, bravo l’Europe unie de la santé !
Cette simple annonce a suffi pour
enflammer les Bourses mondiales. Le capitalisme a ce pouvoir de faire gagner,
sur une simple information, beaucoup d’argent à ses maîtres qui espèrent, une
fois le vaccin inoculé, pouvoir reprendre les affaires dans les conditions
antérieures à la crise sanitaire. Avec les mêmes excès, le même égoïsme, la
même violence augmentée de l’effondrement du tissu économique des petites et
moyennes entreprises et du pouvoir acquis par les plateformes numériques.
Une nouvelle fois, les progrès médicaux,
fruits du travail de scientifiques, financés pour partie avec de l’argent
public et rehaussant considérablement les capacités humaines, fructifient le
capital alors qu’ils pourraient être le moyen de diminuer les coûts de
production au service de l’intérêt général.
Toute personne raisonnable devrait
pourtant retenir de l’épreuve que nous vivons que la santé n’a pas vocation à
être laissée aux seules multinationales. Une action forte devrait être lancée
pour que les vaccins sécurisés deviennent des biens communs et universels.
L’Organisation mondiale de la santé a
lancé une initiative baptisée Covax pour centraliser la recherche sur le
Covid-19 et assurer la distribution équitable des vaccins sur l’ensemble de la
planète. Elle réunit États, acteurs publics et privés. 184 pays, dont la Chine,
ont décidé de s’y engager. Les États-Unis devraient désormais les rejoindre.
L’Union européenne (UE) a décidé d’y recourir en finançant le dispositif à
hauteur de 500 millions. C’est trop peu et les pays européens se
grandiraient à hausser leur contribution.
Au-delà, il apparaît aberrant que la
recherche vaccinale soit laissée à la discrétion des seuls laboratoires privés
cotés en Bourse. La France, qui a bâti son savoir scientifique sur la force du
service public, devrait tendre vers un grand service public coopératif de la
recherche et de la santé incluant des « nationalisations » d’un type nouveau.
Et pourquoi ne pas proposer à d’autres pays européens de le construire
ensemble ? Voici un sujet de réflexion pour le commissaire à la Planification !
Par contre l’UE finance actuellement de grandes firmes pharmaceutiques pour une
valeur de 2,1 milliards d’euros dans l’opacité la plus totale. On ne
connaît pas le prix de la dose de vaccin qui serait mis à disposition, ni qui
aura la propriété intellectuelle des brevets, ni qui serait responsable
d’effets secondaires, si, par malheur, il y en avait.
Si un mouvement populaire mondial obtenait que ce
vaccin soit considéré bien commun de l’humanité, par conséquent gratuit, une
nouvelle ère pourrait s’ouvrir sur des bases de partage et de fraternité.

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