Cent milliards! Le chiffre est rond, fait pour impressionner, sidérer et peut-être faire taire. Cette somme en inclut certaines déjà annoncées, ramenant en réalité l’annonce à 62.7 milliards. Le tout étalé sur deux ans et placé sous la coupe de sous-préfets à la « relance », sortes de secrétaires départementaux du parti présidentiel chargés de saupoudrer l’argent pour gagner élus et électeurs. Le haut-commissaire au plan, également président du MODEM, aura quant à lui en charge la préparation du programme présidentiel.
Les millions de travailleurs qui ont maintenu le pays en vie ces
derniers mois observent les milliards voler au-dessus de leurs têtes sans que
leur soit laissée la possibilité d’espérer la moindre augmentation de leur
rémunération, tandis que le chômage explose. Les grandes entreprises, elles,
vont bénéficier d’un nouveau cadeau royal de 20 milliards d’euros sans que la
puissance publique ne leur demande aucun compte sur les salaires, l’égalité
salariale ou le travail. Or, augmenter les rémunérations est le moyen le plus
efficace pour « relancer » l’activité tout en soutenant le
travail.
Ainsi, conformément à la vulgate bruxelloise, on diminue les
« impôts de production » pour augmenter l’impôt de
« consommation », soit la TVA et les taxes sur les carburants.
Pourtant, une diminution de la TVA aurait pour vertu de stimuler la
consommation populaire et la demande intérieure.
Le gouvernement a fait le choix d’utiliser la pandémie pour
servir plus encore le capital qu’aucun critère social, écologique ou
démocratique ne vient contrarier. Bien au contraire ! Ainsi, le secrétaire
d’Etat aux affaires européennes a tenu à préciser dans les colonnes
d’Ouest-France, concernant les 40 milliards promis par l’Union européenne, que
« chaque pays va présenter en face de son plan de relance les investissements
et les réformes économiques adaptés à sa situation. ». Et de préciser lesdites
« réformes » : celle des retraites ou dans le secteur du logement… Chez ces
gens-là, on ne prête pas sans quelques contreparties monnayées sur le dos du
monde du travail et de la création.
Si elle advient, la mise en circulation de ce pactole indique un
changement de paradigme dans la logique du système capitaliste, témoignage de
sa formidable capacité d’adaptation. La succession d’événements graves, de
crises, conforte l’hypothèse que l’humanité toute entière est entrée dans une
nouvelle ère, une mutation qui affecte l’ensemble des activités humaines et la
nature elle-même. Cette mutation profonde redéfinit le rôle de l’Etat
républicain. L’épreuve du confinement aura montré le rôle pivot de la puissance
publique dans l’organisation sociale, comme elle aura montré l’importance
décisive de l’hôpital public, du système scolaire, des protections collectives
assurées par la sécurité sociale et l’assurance publique contre le chômage.
Autant d’institutions sociales dont la force réside justement dans le fait
qu’elles échappent aux logiques du marché.
La puissance publique, plébiscitée par nos concitoyens, ne doit
plus rester confinée au rôle de pourvoyeur de fonds aux puissances d’argent.
Car ces milliards ne disent rien de leur utilisation et des objectifs visés. On
sait déjà que, sans luttes des travailleurs, ils ne serviront ni les salaires,
ni même à assurer la gratuité des masques des écoliers ! Quant aux trente
milliards consacrés, dit-on, à la transition écologique, ils seront placés sous
commandement des grands groupes. Le capitalisme vert reste le capitalisme
exploitant travail et nature.
C’est à une « rupture, reconstruction » sociale,
démocratique et environnementale appuyée sur la recherche et l’innovation qu’il
faudrait d’urgence s’atteler. Ne pas le faire reviendrait à laisser la porte à
un capitalisme encore plus dur, alors que la situation appelle à avancer vers
un « post-capitalisme ». Ouvrons ce débat !

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