Alors que le géant français de l’industrie
pharmaceutique licencie malgré les profits, la CGT organise un rassemblement
devant l’Assemblée nationale ce mercredi.
Thierry Bodin
Coordinateur CGT chez Sanofi
La nouvelle restructuration chez Sanofi est-elle un plan de licenciements
boursiers ?
Thierry Bodin : Sanofi n’a aucune difficulté économique. Même durant la période du
Covid, ils ont augmenté leur chiffre d’affaires de 7 %. Le 28 avril
dernier, Sanofi a décidé de verser 3,8 milliards d’euros de dividendes. Ce
énième plan de restructuration, qui supprime un millier de postes, acte l’arrêt
de la recherche et développement à Chilly-Mazarin et la fermeture du site de
Strasbourg en 2022 – qui s’ajoute à celle d’Alfortville cette année –, est
particulièrement inacceptable. Il n’y a pas de mot pour qualifier le
comportement de la direction. Tout ceci aura des conséquences, non seulement
sociales, mais aussi sanitaires, car lorsqu’on supprime des emplois en
recherche pharmaceutique, on obère nos capacités à trouver de nouveaux
traitements. Chaque année, Sanofi nous présente un nouveau plan d’économie, une
nouvelle restructuration. Pourtant, le groupe touche 130 millions d’euros
par an de crédits d’impôts, Cice et CIR.
Comment définiriez-vous la stratégie du groupe ?
Thierry Bodin : Elle est simple, c’est la recherche de la rentabilité maximale.
D’ailleurs, le dernier coup de com’ de Sanofi, qui promet la création d’un
acteur mondial de la production de principes actifs en Europe, cache en réalité
son désengagement dans 6 usines françaises. Elles vont être externalisées
et Sanofi ne sera engagé dans la nouvelle entité qu’à 30 % environ. Dans
le même temps, Sanofi se désengage de 200 médicaments sur les 300 qu’il
commercialise. La direction explique qu’ils sont peu rentables, mais oublie de
dire que beaucoup d’entre eux revêtent un intérêt thérapeutique majeur. La
démonstration est faite. Sanofi sacrifie ses axes de recherche. Sur huit il y a
quelques années, il n’en reste plus que quatre aujourd’hui, tous à forte
rentabilité. Nous sommes loin de la mission qui devrait être celle d’une telle
entreprise : l’intérêt général et les réponses aux besoins de santé de la
population. Sanofi a supprimé 5 000 emplois ces douze dernières années et
poursuit cette stratégie qui diminue nos capacités scientifiques et
industrielles.
Quelle devrait être la réponse de l’État, quelles mesures prendre ?
Thierry Bodin : Il faut créer un pôle public du médicament, une proposition que la
CGT porte et partage avec certains groupes politiques. Car quand on sait que
l’entité européenne sur les principes actifs devrait être financée à 15 %
environ par la Banque publique d’investissement, pourquoi un tel projet n’est
pas tout simplement nationalisé ? Je ne parle pas de pouvoir étatique, mais les
personnels de santé, les salariés, les professionnels du secteur et les
pouvoirs publics devraient avoir un rôle déterminant dans la direction d’une
entreprise comme Sanofi.
Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de regagner en souveraineté sanitaire…
Thierry Bodin : C’est toute
l’ambiguïté de ses propos, tenus dans un contexte de pénurie, en pleine
pandémie. C’est pourtant un sujet absolument fondamental. Le manque de
souveraineté dans ce domaine peut devenir une arme déterminante pour
contraindre un pays à se plier aux desiderata de ceux dont il dépend pour
soigner sa population. On le voit avec l’Iran et les États-Unis. Quand on parle
de réindustrialisation, d’indépendance thérapeutique, il faut que les actes
suivent. Mais quand Emmanuel Macron, en visite sur le site de Marcy-l’Étoile,
termine son intervention en disant « merci Paul » à Paul
Hudson, PDG de Sanofi, on se demande franchement qui prend les décisions.
Entretien réalisé par Marion d’Allard

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