mardi 28 février 2023

« Chères campagnes », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.



On a du mal à voir en quoi treize heures passées au salon pourraient apporter quoi que ce soit à l’agriculture française. Une caresse à Ovalie, la star bovine, une lichette de camembert ou de beaufort… La vitrine a ses limites quand, en même temps, le président renvoie dans les cordes celles et ceux qui parviennent à l’interpeller, malgré un service d’ordre musclé comme l’a appris un jeune homme à ses dépens. Sans doute, le salon est-il un lieu unique, qui a heureusement retrouvé ses couleurs et ses odeurs après l’épreuve de la pandémie. On aime s’y croiser pour goûter les productions locales, découvrir les plus beaux animaux de nos campagnes, pour avoir la sensation de se ressourcer, comme on dit, dans une ruralité un brin fantasmée. La réalité est plus dure, que le président occulte, sauf pour évoquer, ce qui ne mange pas de pain, la perspective indécise d’une discussion avec les distributeurs sur leurs marges bénéficiaires.

Car, en dix ans, 100000 exploitations agricoles ont disparu, passant de 490000 à 390000. Nous importons un poulet sur deux, deux ovins sur trois, l’élevage bovin est en baisse, le bio recule, la sécheresse s’étend partout, les ressources en eau s’épuisent. Mais, avec cela, un autre danger menace, évoqué précisément par lassociation Terre de liens. Celui de la financiarisation des terres, à savoir leur rachat par des fonds de pension ou des grands groupes. Parmi ces derniers, on retrouve L’Oréal, Chanel, LVMH, dont on pourrait naïvement se demander ce qu’ils ont à voir avec le monde agricole. En fait, rien, sauf une perspective de profit, l’entrée en Bourse du monde agricole ajouté à leur portefeuille, en entravant du même coup l’installation des agriculteurs ou leur relève.

C’est pour le moment relativement marginal, même si les surfaces concernées sont passées, en vingt ans, de 7 à 14% de la surface agricole totale, dont on peut rappeler quelle représente encore près de la moitié du territoire national. Mais le mouvement est en cours dont on peut craindre quil soit à lopposé dune exploitation raisonnée de la terre, privilégiant le local, le développement durable et l’avenir des agriculteurs eux-mêmes.

 

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