jeudi 16 septembre 2021

Greenpeace, un demi-siècle d’écologie intransigeante



Marie-Noëlle Bertrand

L’ONG célèbre aujourd’hui ses 50 années d’engagement et de défense de l’environnement. Portrait de l’organisation en trois points.

Cinquante ans tout rond : Greenpeace International célèbre, ce 15 septembre, l’anniversaire de sa toute première action militante. Elles n’ont cessé de se multiplier depuis.

1. L’activisme non violent : sa force de frappe

Nous sommes le 15 septembre 1971, au large de l’Alaska. À bord du Phyllis Cormack, voilier de vingt-quatre mètres armé pour la pêche au flétan, douze militants pacifistes et écologistes embarquent pour l’île d’Amchitka. Leur but : empêcher le gouvernement Nixon de procéder à un essai nucléaire. Leur moyen : se placer au centre de la zone où l’armée a prévu de faire sauter la bombe. Et espérer que la pression de l’opinion publique ainsi suscitée la contraindra à ne pas le faire.

Greenpeace n’est encore qu’un mot peint sur la grand-voile du bateau, mais l’action porte déjà la marque de l’ONG, qui naîtra officiellement en mai 1972 : l’activisme non violent. Ses acteurs useront du même engagement physique, dans le Pacifique Nord, en 1975, face aux baleiniers russes, ou dans le golfe de Gascogne, en 1983, pour empêcher l’immersion de déchets radioactifs, n’hésitant pas à placer ses Zodiac sur le trajet des harpons ou à la verticale des fûts… jusqu’à frôler le drame quand cela ne ­découragera, parfois, ni le tir ni le largage (1). De mises à l’air dans les champs d’OGM en enchaînements aux grilles des centrales nucléaires, l’ONG a gagné la réputation d’une organisation radicalement écologique, intransigeante quant à ses objectifs.

2. L’altermondialiste : sa ligne de crête

En 2003, Greenpeace rejoint la dynamique altermondialiste, émergée cinq ans plus tôt à Seattle. Cela ne se fait pas sans discussions. L’organisation porte, en apparence, tous les stigmates de l’altermondialisme : sa « structure transnationale lui assure une large présence dans le monde », relève, en 2004, la politologue Nadège Fréour dans la Revue française de science politique. En outre, depuis sa création, l’ONG s’oppose aux « ennemis actuels du mouvement altermondialiste », poursuit-elle, « contre lesquels elle développe des argumentaires qui lient destruction de la planète et recherche effrénée de profit économique ». Mais, chez les militants, rejoindre ce vaste mouvement est perçu comme un risque de diluer leur identité dans d’autres traditions militantes, à l’époque plus intéressées par les enjeux économiques et de droits humains que par l’écologie. « La présence croissante des altermondialistes sur la scène politique internationale et dans l’espace médiatique » conduit toutefois Greenpeace à « dépasser ces différents obstacles pour établir un positionnement stratégique distancié », écrit alors Nadège Fréour. L’ONG a, depuis, participé a de nombreux forums altermondialistes, dont le contre-G7 de Biarritz, en août 2019. Elle n’en conserve pas moins cette distance décrite par la politologue il y a dix-sept ans. « Nous ne cherchons pas à nous qualifier politiquement, ce n’est pas pour cela que Greenpeace existe », explique Jean-François Julliard, son directeur général France. « Dire que le système capitaliste nous conduit dans le mur, c’est un constat. Savoir s’il faut le transformer ou inventer autre chose, c’est une analyse qui ne nous appartient pas. »

3. La question sociale : sa nouvelle résolution

Longtemps Greenpeace, en guerre contre l’énergie nucléaire et la sacro-sainte croissance économique, a eu un dialogue compliqué avec les organisations syndicales. Les choses changent. En France, l’ONG est fer de lance, aux côtés d’Attac et de la CGT, du collectif Plus jamais ça, lequel rassemble une trentaine d’organisations derrière l’idée qu’il n’existera pas de transition écologique juste sans transition sociale juste, et vice versa : il n’y aura pas d’emplois sur une planète morte. « Arrêter de produire du charbon ou du pétrole, d’accord. Mais quid des milliers de travailleurs qui en vivent ? Il faut bien se poser la question », résume Jean-François Julliard. « Cette réflexion globale s’est enclenchée voilà une dizaine d’années. » À l’échelle macroéconomique, les COP, ces conférences sur le climat ­orchestrées par l’ONU, voient les ONG se retrouver aux côtés de la Confédération syndicale internationale (CSI). À des échelles nationales, des exemples du même type existent ailleurs. « En Allemagne, lorsque Angela Merkel a annoncé sa décision de sortir du charbon en 2038, Greenpeace a lancé un groupe de travail avec les syndicats. C’est une alliance de circonstance, différente de ce que nous cherchons à construire avec Plus jamais ça, mais qui traduit le même souci », pointe le directeur de l’ONG.

(1) Source : Greenpeace France. Une histoire d’engagements, Les Liens qui libèrent.

 

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