Droit dans ses bottes, le gouvernement a décidé de
passer en force. Qu’importent la forme et le fond. En ordonnant la réquisition
des salariés des raffineries, l’exécutif envoie valdinguer le droit
constitutionnel des travailleurs et les rapports de forces propres à toute
négociation. « Un désaccord salarial ne justifie pas de bloquer le pays ! » a tranché Élisabeth Borne. La première ministre se trompe. Ou n’a jamais
eu besoin de faire grève pour boucler ses fins de mois. Personne ne cesse le
travail par plaisir. La baisse vertigineuse du pouvoir d’achat en raison de
l’inflation et les salaires indignes sont un motif légitime. Rappelons à toutes
fins utiles que si une grève n’avait pas d’impact, alors elle ne servirait à
rien et n’aurait aucune chance d’aboutir.
1936, 1968, les grandes conquêtes sociales ont
toujours été le fruit d’âpres batailles. Les augmentations salariales ne sont
jamais tombées du ciel, elles ont été obtenues après des grèves longues et
dures pour celles et ceux qui les menaient. Les travailleurs d’ExxonMobil et de
Total ont posé leurs revendications sur la table au miroir des richesses
produites : cette année, Total a déjà engrangé 18,8 milliards d’euros de bénéfices au premier semestre. Son PDG s’est
copieusement augmenté (5,9 millions d’euros de rémunération annuelle), et a
arrosé les actionnaires. Personne ne s’en est offusqué. À commencer par
l’exécutif macroniste, qui a d’ailleurs claironné sur tous les toits que les
questions salariales relevaient de la responsabilité des entreprises. Mais ces
dernières ne peuvent jouer la montre comme Total, qui renvoie d’éventuelles
augmentations à l’année prochaine, comme si les factures à payer pouvaient
elles aussi attendre.
Les salariés des raffineries sont dans leur droit. Il
faut les entendre. Mais le gouvernement préfère la politique de la terre
brûlée. Quant à certains médias, après avoir fait leurs choux gras des
superprofits, les voilà aboyant : « Extrémistes », « jusqu’au-boutistes », « preneurs d’otages », « nantis », « privilégiés », etc. Toute la panoplie des clichés – pourtant
éculés – a été ressortie pour diviser et dissuader ceux qui pourraient
être tentés d’emboîter le pas aux grévistes. Ils sont nombreux à vouloir des
salaires pour vivre dignement. Et ça, ce n’est pas de l’intox.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire